L’Aa, petit fleuve côtier du Nord de la France

Un petit fleuve côtier du nord star des mots croisés : l’Aa

 

Qui ne connaît pas le « premier fleuve de France » ?

Le premier fleuve de France, vraiment ? Certes, il ne s’agit pas ici d’une question de taille, mais d’ordre alphabétique… Mais tout de même ! En raison de cette particularité, l’Aa est l’une des rivières les plus connues de France… notamment des crusciverbistes.

Ce cours d’eau, long de 89 kilomètres, tire ses origines du terme néerlandais ancien « Aha » signifiant « eau ».

L’Aa prend sa source dans les hauteurs du Boulonnais à Bourthes. Un nom quant à lui issu de « burthim », que l’on peut traduire en vieux germanique par « village de la source ». Elle traverse le territoire, irrigue les canaux et watergangs du marais audomarois et poursuit son chemin vers la mer pour se jeter à Gravelines, dans la Flandre maritime.

L'Aa sauvage

Au démarrage à Bourthes, une longue course attend les eaux de l’Aa, devant affronter 111 mètres de dénivelé sur une 50 kms. L’Aa prend sur ce tronçon l’apparence d’un petit ruisseau puis d’une mince rivière sauvage dévalant le Pas-de-Calais à travers champs. Cette course folle débouche dans la vallée calcaire de l’Aa, au niveau de Wavrans-sur-l’Aa et d’Elnes dans le Pays de Lumbres. Là, le cours d’eau emprunte un coude brutal et surprenant. Il nous vient d’un accident géologique datant de la Préhistoire.

Rivière Aa
L'Aa au niveau de Wavrans-sur-l'Aa, au pied de la réserve naturelle des pelouses calcaires

L'Aa canalisé

Après avoir passé cette vallée calcaire, l’Aa se calme peu à peu au niveau de Blendecques sur le territoire audomarois. Le fleuve en profite par ailleurs pour s’élargir. Les conditions sont réunies pour que l’Aa puisse être propice à la navigation. Découvrons sans plus attendre les canaux de l’Aa.

La Haute et la Basse Meldyck

C’est au niveau de la commune de Blendecques que l’Aa se divise en deux canaux datant de 12 siècles : la Haute-Meldyck et la Basse-Meldyck. Ces deux canaux furent en effet creusés et aménagés au Moyen Age, et plus précisément au IXème siècle par les moines. Ces ouvrages avaient pour but de faire fonctionner des moulins au niveau d’Arques et de l’Abbaye de Saint-Bertin.

Si la Haute-Meldyck se jette dans le canal de Neuffossé entre Arques et Saint-Omer, la Basse-Meldyck rejoint les eaux intérieures de la ville de Saint-Omer avant de rejoindre elle-même le canal.

Le canal de Neuffossé

Au niveau d’Arques, l’Aa se trouve également canalisée avec le canal de Neuffossé. Cet ouvrage historique débuté au XIème siècle dans un but défensif fut aménagé pour la navigation dès 1753 afin de relier l’Aa et la Lys. C’est sur ce canal que l’ascenseur des Fontinettes (Arques) permettait aux péniches, de la fin du XIXème siècle jusqu’en 1967, de franchir un important dénivelé de plus de 13 mètres. Dans cette commune célèbre à travers toute la France en tant que « Capitale des Arts de la table » (avec Arc International), l’Aa rejoint le marais audomois pour l’irriguer. Le fleuve alimente en effet à partir de ce point les 700 kilomètres de canaux et de watergangs s’étalant sur 15 communes de l’Audomarois.

Poursuivons le fil de l’Aa et parcourons quelques kilomètres pour arriver dans la capitale de l’Audomarois : Saint-Omer. Au niveau de la cité, la voie fluviale de l’Aa se divise en deux bras. D’un côté, le canal de neuffossé contourne la commune dans sa section à grand gabarit rendue praticable à partir de 1955. De l’autre, un canal historique pénètre dans les faubourgs de la ville : il s’agit du canal du Haut-Pont. Aujourd’hui devenu un simple bief fermé à la circulation fluviale, le canal du Haut-Pont se fait le théâtre chaque année du cortège nautique de Saint-Omer. Il témoigne par ailleurs du temps où les péniches, alors au gabarit Freyssinet, traversaient la ville de Saint-Omer. Elles circulaient encore dans le Haut-Pont à la fin des années 60, hallées par de petits trains électriques évoluant sur les quais. Ce n’est qu’avec l’apparition des pousseurs à gros tonnage que le canal historique fut abandonné au profit du canal à grand gabarit.

Aux confins du faubourg du Haut-Pont ainsi que du Doulac, faisant office de tampon entre Saint-Omer et Saint-Momelin, le canal historique et le canal à grand gabarit se rejoignent pour ne faire qu’un. L’Aa change alors de département, en passant du Pas-de-Calais au Nord, avant d’arriver au goulet de Watten-Eperlecques.

Ce goulet est le point de départ de trois voies canalisées : le canal de Calais, le canal de la Colme (en direction de Dunkerque) et le canal de l’Aa proprement dit. Cette Basse-Aa traverse les plaines de la Flandre maritime pour atteindre Gravelines.

L'Aa canalisée dans le Haut-Pont - Photo: Philippe Hudelle, balade en Audomarois

Les affluents de l’Aa

En matière d’affluents, l’Aa rencontre tout le long de son parcours des petites rivières et des affluents notables, tels que le Bléquin et le Thiembronne sur sa portion sauvage, la Houlle sur sa rive artésienne ainsi que la Hem un peu plus bas.

L’Aa, une richesse pour l’Audomarois

Il y a plus d’un millénaire, le delta de l’Aa était fortement inondé à chaque grande marée. Il formait régulièrement une sorte de golfe pouvant s’étaler de la région dunkerquoise à Watten !

Dès le IXème siècle, de grands travaux furent entrepris, aussi bien dans le marais audomarois que sur le littoral. Rapidement, une digue fut installée au niveau de Gravelines-Oye-Plage afin d’éviter l’influence des marées, tandis qu’un réseau de watergangs fut creusé dans toute la plaine maritime. Le but de ces « waterringues » ? Un meilleur écoulement et donc, une meilleure circulation des eaux afin de protéger les terres. Nous fîmes de même à l’intérieur du marais audomarois qui comporte tout de même 530 kilomètres de canaux de drainage !

Puis, avec la création de la rivière du Grand Large en 1100 ainsi que du canal de l’Aa soixante-cinq ans plus tard, Saint-Omer devint une ville portuaire de renommée internationale. Gravelines constituait alors son avant-port.

Depuis cette grande époque marquée sous le signe du commerce, l’Aa continua de servir l’économie locale, en permettant le transport de matières premières pour la cristallerie d’Arques, par exemple. Son eau et son débit permirent également l’essor de nombreuses industries : minoteries, papeteries-cartoneries, tanneries, alevinières, cressonnières, brasseries...

Aujourd’hui, les péniches ne passent plus par les faubourgs de Saint-Omer, le monde industriel connaît des mutations majeures, les quelques moulins ayant survécu ne sont plus que des vestiges… Il n’est toutefois pas risqué d’affirmer que l’Aa participera encore, durant de longs siècles, au rayonnement de l’Audomarois !

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